Cie Valitsa, Danae Papadopoulou - Zorbékiko (titre provisoire)
© Giota Efremidou - Melissa Troublé
conception, chorégraphie, intérprétation Danae Papadopoulou
dramaturgie, dessin Dagô R
interprète Loyse Colette
création sonore Armand Lesecq (en cours de confirmation)
costume - scénographie en cours
Fascinée par le chiffre trois et son rôle majeur dans la tradition littéraire et musicale grecque depuis l’Antiquité, je souhaite créer une trilogie autour du geste hérité. Après une recherche approfondie sur le corps de la femme artisane et les danses traditionnelles collectives de ma région d’origine, la Thrace, je souhaite créer un duoautour de la danse du zeibékiko, que j’ai héritée de ma famille originaire des côtes d’Asie Mineure.
Née à travers la musique et la culture du rebétiko dans les années 1920, cette danse était traditionnellement destinée aux corps des hommes en état de transe ou d’ivresse. Elle engage un état de corps particulier, dans lequel l’interprète choisit d’incarner seul la danse, accompagné d’un témoin qui l’encourage et l’applaudit poursoutenir son élan d’expression intime.
J’aimerais poursuivre l’étude du geste et de sa transformation à travers cette danse, que j’ai vue exécutée uniquement par des figures masculines lors de retrouvailles familiales depuis mon enfance. Ce qui m’intéresse est de construire une chorégraphie axée sur le pas de décalage associé à l’état d’un corps en ivresse qui permet àcette danse d’émerger. Ce pas, situé entre détermination et lâcher-prise, constitue l’unique élément fondamental de cette danse entièrement subjective, interprétéed’autant de façons qu’il existe de personnes pour l’incarner. Comment négocier un plateau scénique à deux, où le regard et l’invitation deviennent les clés du partaged’un geste intime et assumé ? Deux femmes sur scène revendiquent un héritage physique, fait de fierté et de virilité traditionnellement associé aux figuresmasculines, et s’emparent de cet espace pour exprimer un corps brut, prêt à s’exposer sans filtre. Construite autour d’une kinésphère propre à chaque interprète, la danse du zeibékiko rencontre ici les énergies du blues et du flamenco.
J’imagine une chorégraphie négociée entre deux corps, portée par des musiques traditionnelles revisitées, mêlées à la parole et au chant. Le rituel qui accompagne le commencement de cette danse puise dans une atmosphère électrisée dont le public devient témoin. Les codes vestimentaires et sociaux liés à cette pratique ouvrentdes imaginaires possibles pour porter un héritage aussi bien gestuel que philosophique.
Émerge alors presque la figure d’un Zorba grec au féminin, portant avec fierté sa double identité entre l’apollinien et le dionysiaque, et construisant une nouvelle partition chorégraphique habitée par deux corporalités en dialogue permanent.
Danae Papadopoulou
soutiens MaCi Université de Grenoble